Ces aliments qui nous réchauffent

Qui dit froid dit envie de chaud. Pot-au-feu ? Poule au pot ? Pas seulement. Il existe de nombreux ingrédients capables de nous réchauffer. Du poivre au champignon, en passant par la cannelle ou l’anchois, découvrez comment faire monter la température pour un hiver tout en douceur et en réconfort.

Dès que les températures chutent et que la lumière baisse, c’est physiologique, nous ressentons l’envie de nous réchauffer. Pour cela, nous disposons de différents moyens : nous emmitoufler sous des couches de vêtements, monter le chauffage et manger des aliments qui nous tiennent chauds. Ce qui ne signifie pas forcément trop riches, comme ces « nourritures réconfortantes », telles que les appelle le psychiatre spécialiste des troubles du comportement alimentaire Gérard Apfeldorfer, souvent trop grasses et/ou trop sucrées. Car si elles nous réchauffent sur le moment et « tiennent au corps » – par exemple la tartiflette ou la raclette –, elles font aussi la différence sur la balance, et de façon bien plus durable que l’hiver.

Il existe des aliments qui font monter la sensation de chaleur, sans les kilos, en agissant sur l’organisme comme « le souffle du dragon », considèrent les médecines chinoise et ayurvédique. Elles les classent en quatre catégories : les froids, les frais, les tièdes, les chauds, classification qui n’a rien à voir avec la température à laquelle ils sont consommés. Les froids et les frais nourrissent le yin insuffisant et chassent la chaleur et le feu ; les chauds et les tièdes nourrissent le yang insuffisant et chassent le froid.

Il s’agit donc de bien les choisir. Beaucoup d’épices (clou de girofle, cannelle, poivre, cumin, gingembre), mais aussi des aliments soufrés (échalote, oignon, ail, ciboule, moutarde), des aromates (thym, laurier, romarin), des oléagineux (noix, amandes), des légumineuses (pois chiche, lentilles, haricots secs), les champignons, des légumes (panais, potiron, carotte), des tubercules(pomme de terre, igname), des céréales (riz, sarrasin, avoine).

Des ingrédients bouillottes

Bien que la finalité soit la même – avoir moins froid –, leur mode d’action est différent. Parce qu’ils ont un pouvoir thermique plus important que les autres, certains agissent sur la thermogénèse, le mécanisme de production et de régulation de chaleur de l’organisme. « Les médecines chinoise et ayurvédique disent des épices et aromates qu’ils allument le feu digestif, la médecine occidentale, qu’ils provoquent des sécrétions enzymatiques », précise Sylvie Schäfer, docteure en pharmacie et naturopathe. Ces nutriments entraînent en effet une cascade de réactions chimiques dans l’organisme. Ainsi la sécrétion d’enzymes digestives se ressent-elle dès que l’aliment est en bouche – il déclenche une importante production de salive. Elles facilitent entre autre la digestion des protéines qui assurent une régulation de la glycémie. « Ce n’est pas un hasard si nous mangions autrefois du gibier faisandé en ces périodes hivernales, explique Sylvie Schäfer. On laissait d’abord cette viande très protéique et peu grasse se décomposer pour libérer les enzymes, puis on la mettait à macérer dans du vin et des épices, afin d’améliorer encore sa digestibilité, avant de la cuisiner avec différents aromates. »

Tous les plats mijotés traditionnels et de saison, tels que le pot-au-feu, le petit salé, le cassoulet, la poule au pot, la potée, sont de véritables bouillottes pour le corps, tout en étant très digestes, car ils cuisent longtemps et lentement accompagnés d’herbes et d’épices. Ces dernières améliorent également la digestion des légumes et légumineuses en éliminant les germes qui donnent des gaz. Les épices, notamment le poivre, ont également un effet vasodilatateur : les vaisseaux se dilatent et permettent au sang d’affluer plus abondamment dans l’estomac et dans les intestins. Mieux irriguées, les cellules vont secréter davantage d’enzymes et mieux nous réchauffer. Comme un cercle vertueux.

De l’énergie pour le moral

Certains aliments agissent en stimulant notre système endocrinien, donc la sécrétion de toutes nos hormones. Pour mieux s’adapter au froid, il est par exemple important de soutenir la thyroïde en mangeant des flocons d’avoine, du gingembre, des fruits de mer, des algues comme la laminaire, du fucus… « La thyroïde, véritable chaudière de l’organisme, influe sur la température du corps, observe Jean-Christophe Charrié, médecin, phytothérapeute et auteur avec Marie-Laurence de Clermont-Tonnerre de Se soigner toute l’année au naturel (Prat Éditions, 2012), mais elle n’arrive pas toujours à s’adapter aux changements climatiques ni à régler la température au bon moment. Cela explique les bouffées de chaleur ou la frilosité excessive. »

Le médecin conseille de soutenir aussi les glandes surrénales, ou glandes adaptatives, en consommant des herbes et végétaux (sarriette, thym, romarin, cannelle) et des fruits riches en vitamine C(persil, agrumes, fruits de saison). Ils augmentent notre capacité à nous adapter aux variations de température, caractéristique importante en hiver, lorsque nous passons du chaud au froid en quelques minutes. La thermogénèse favorise donc naturellement la production des enzymes digestives qui métabolisent les nutriments et éliminent déchets et toxines. Autant dire qu’elles sont indispensables. En produire suffisamment contribue à renforcer notre organisme. Du sommeil à la digestion, en passant par le poids et l’énergie, nous nous portons mieux. « Ces aliments ont une très bonne valeur énergétique », assure Sylvie Schäfer, ils apportent beaucoup d’énergie, donc de chaleur, pour peu de calories. Ils améliorent aussi la digestibilité des protéines et nous évitent les crises d’hypoglycémie – nos envies subites de sucré –, très fréquentes l’hiver. La naturopathe va même jusqu’à affirmer que ces aliments « réchauffants » ont un impact important sur notre moral et pourraient nous éviter les dépressions saisonnières.

À chaque tempérament ses nutriments

Cela dit, ce type d’aliments n’est pas recommandé à tous sans discernement. Les naturopathes distinguent plusieurs types de tempéraments. Les personnes dites « sanguino-pléthoriques » (qui présentent une surabondance en sang), plutôt charpentées, supportent bien le froid et ont une tendance naturelle à la couperose. Si leur capacité à digérer ces aliments « chauds » est bonne, elles réagissent très vite à leur pouvoir chauffant. Elles éviteront donc d’abuser de mets trop épicés et de boissons comme le vin. Les personnes dites « neuro-arthritiques », plutôt minces, naturellement frileuses – elles supportent mal l’hiver – auront, quant à elles, tout intérêt à privilégier ce type d’aliments pour se réchauffer.

Mais leur digestion n’est pas forcément aisée. « Nous leur recommandons d’associer aux aliments “chauds” des légumes crus et de la salade, qui améliorent la digestibilité », indique Sylvie Schäfer. Et d’ajouter : « Quel que soit son tempérament, il est toujours préférable de les consommer au déjeuner plutôt qu’au dîner, parce que augmenter l’énergie calorifique le soir empêche de dormir et peut entraîner des transpirations nocturnes désagréables. »

Et le mode de préparation ? Il influence bien évidemment la capacité des aliments à nous réchauffer, souligne la naturopathe. « Le micro-ondes a tendance à déstructurer l’aliment en altérant l’eau qu’il contient. Celui-ci ne sera plus assimilé de la même manière. » Mieux vaut privilégier les cuis- sons longues à feu doux (à moins de 100 °C), les mets mijotés dans une cocotte en fonte, un « vitaliseur » ou un autocuiseur. Ces modes de cuisson conservent en effet leurs propriétés, ainsi que leur nature tiède ou chaude.

Quatre recettes antifroid

PORRIDGE DE FLOCONS D’AVOINE

Tous les matins pendant trois à dix jours, faites frémir deux à trois cuillerées à soupe de flocons d’avoine versées dans du lait d’avoine ou de l’eau. Ajoutez une cuillerée de miel foncé et de la cannelle. Les bienfaits : idéal pour soutenir la thyroïde lorsqu’elle est un peu faible.

PURÉE DE POTIMARRON

Épluchez et coupez un potimarron en tranches fines. Faites revenir un oignon pelé et émincé dans une cuillerée à soupe d’huile de sésame. Ajoutez les tranches de potimarron. Couvrez et laissez cuire à feu doux en remuant de temps en temps. Ajoutez trente grammes de gingembre frais haché et deux gousses d’ail écrasé. Lorsque le potimarron s’écrase facilement à la fourchette, il est prêt. Saupoudrez de persil et servez en purée, accompagné de riz ou de quinoa, ou en soupe en ajoutant de l’eau. Les bienfaits : la saveur douce du potimarron renforce l’énergie, nourrit le sang et les organes, élimine les glaires et l’humidité. De nature tiède, l’oignon réchauffe la rate et l’estomac. Le gingembre active le sang et stimule les méridiens. 
Recette tirée de La Médecine chinoise, santé, forme et diététique de Jean-Marc Eyssalet et Évelyne Malnic (Odile Jacob, 2010).

SOUPE DE RIZ (GEN MAI)

Le soir, dans une casserole, faites bouillir cent vingt-cinq centilitres d’eau. Ajoutez cent cinquante grammes de riz rond complet bio et laissez cuire jusqu’à éclatement des grains (une heure environ) ; ajoutez un poireau, deux carottes, un oignon, un navet, une branche de céleri, le tout coupé en dés. Faites cuire à feu doux pendant une heure. Éteignez le feu, couvrez la casserole et entourez-la d’un linge. Le lendemain matin, faites réchauffer cette soupe en ajoutant un peu d’eau. Assaisonnez avec du shoyu (sauce de soja). Les bienfaits : variante du gruau de riz servi dans les temples japonais après le zazen du matin, cette recette réconfortante apporte de l’énergie et une douce chaleur pour toute la journée. 
Extrait de Bien-Être zen au quotidien d’Erik Pigani et Flavia Mazelin Salvi (LGF, “Le Livre de poche”, 2007).

TISANES AU GINGEMBRE

Coupe-froid : découpez dans un rhizome de gingembre un cube de quatre centimètres, épluchez-le. Faites bouillir. Versez dans une Thermos et buvez toute la journée. Épicée : mettez dans une tasse une pincée de poivre de Cayenne, un cube de gingembre épluché d’un centimètre (ou une cuillerée à café de gingembre en poudre) et une cuillerée à café de miel. Ajoutez de l’eau frémissante.

Bien à vous. Au cœur bonheur !

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