Comment l’été nous rend sensuels

Croquer dans un fruit sucré, respirer l’odeur des pins sous la chaleur d’août, s’abandonner sous les rayons du soleil… La belle saison réveille nos sens et nous rend beaux. Petites leçons de sensualité.

Du soleil comme s’il en pleuvait, de la chaleur par vague, le souffle du vent qui nous glisse à l’oreille de lâcher prise avec nos angoisses, tandis que l’eau nous caresse et nous console des soucis de l’année… Avec l’apparition des premiers rayons de la bien nommée « belle saison », nos cinq sens et nos corps fatigués d’être recroquevillés sur eux-mêmes revivent. Pour éclore en douceur, s’il convient d’abord de dormir davantage et mieux, le changement global d’habitudes est notre meilleur allié. « On connaît la qualité antidépressive du soleil, rappelle la psychanalyste Catherine Bergeret-Amselek, auteure notamment de La Vie à l'épreuve du temps (Desclée De Brouwer). L’eau agit aussi, car elle permet de retrouver instantanément les sensations de l’enfant que nous étions. Chaque été réveille une mémoire sensorielle qui ne demande qu’à s’exprimer. Les vacances sont une métaphore de la vie : elles peuvent nous embellir et nous révéler à nous-même. »

« La plupart de mes patients ont perdu toute relation avec leur corps, qui pâtit d’un manque de toucher réel, confie Ghislaine Palermo, chercheuse en physiologie de base et en étiopathie. Beaucoup de gens ne savent plus qui ils sont et arrivent dans mon cabinet avec des douleurs qu’ils sont incapables d’analyser. Si un enfant sait d’emblée pourquoi il a mal, un adulte a trop souvent perdu le lien avec son corps par mépris du sens du toucher au bénéfice du mental, qui est monté en puissance dans nos sociétés. Retrouver ce lien, c’est s’ouvrir à un espace de liberté intérieure oublié. » Et l’été le permet…

Des sensations amplifiées

La caresse subtile de l’eau qui glisse sur nos peaux et nous enveloppe des pieds à la tête – le passage d’une onde libère 90 % des tensions de notre système nerveux central –, la sensation de nos pieds nus sur le sable chaud ou dans l’herbe fraîche… Le sens du toucher est d’autant plus réactivé en été qu’il se développe avec la température et met en jeu l’ensemble du corps, jusqu’au bout des doigts : leur extrémité comporte quelque deux cent cinquante récepteurs sensitifs ! Nos sens jouent parfois une danse à deux… Ainsi, notre odorat et notre goût sont indissociables, surtout quand les odeurs sont plus fortes et les saveurs plus accentuées. En effet, lorsque l’on déguste un aliment, l’essentiel n’est pas perçu par la langue mais par le nez. Les arômes jouent un rôle aussi important que les saveurs (ou molécules sapides), regroupées par les dégustateurs professionnels sous le terme de « flaveurs ». Le sucré, le salé, l’acide, l’amer et l’umami (mot emprunté au japonais signifiant "délicieux" : l'une des cinq saveurs fondamentales pouvant être identifiés par le goût) sont renforcés l’été car, sous l’effet du soleil (encore lui), les substances nutritives sont plus concentrées. L’abondance de vitamines et de goûts dans ce que nous mangeons, alliée au surplus d’effluves bénéfiques que nous respirons, offre de l’énergie à notre corps et procure même d’avantage de sérénité à nos neurones, car l’air que nous respirons est naturellement chaud. Le corps s’étire alors à température idéale, comme les bébés à la naissance.

« De la vue naissent mille désirs… »

Cela s’entend, nos oreilles vibrent mieux en pleine saison estivale. Les ondes sonores délivrées par la mer, la montagne ou la campagne bercent notre cerveau, qui dicte à nos muscles de se détendre. Quand le chant des oiseaux, le bruissement du vent dans les arbres ou le remous des vagues se substituent aux klaxons et autres sonneries de portable, c’est tout notre corps qui chante. Les médecins du sport conseillent d’écouter davantage les bruits de la nature en pratiquant la marche, sport d’excellence de l’été avec la natation, qui permet de tonifier les muscles du corps tout en allongeant notre silhouette.

« De la vue naissent mille désirs. C’est dans l’œil, dit-on, que la gloutonnerie a son principe », écrit le poète persan Abu Shakour. Sous le soleil, c’est bien notre sens de la vue qui nous en met plein les yeux. D’abord, parce qu’il exalte notre sensualité. N’oublions pas que « les hommes ont une sexualité spatiale où la vue joue beaucoup, déclare Sylvain Mimoun, gynécologue et andrologue. La façon dont s’habillent ou se dénudent les femmes est un stimulant très important pour eux, et le vestiaire change tellement en été ». À l’œil nu, les couleurs vives et chaudes (utilisées en chromothérapie) dopent aussi nos envies. Mais c’est sans compter sur l’influence de la lumière vive dans laquelle nous baignons. Elle nous rend heureux : apte à soigner notre esprit, elle dore aussi notre corps, tout en fixant la vitamine D qui favorise l’assimilation du magnésium, renforce nos os et aide les cellules de notre peau à se régénérer. La lumière solaire est aussi à l’origine de tous nos appétits (gastronomiques ou sexuels), et d’après le Centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu, à Paris, elle fait chuter la mélatonine, une hormone sécrétée par la glande pinéale, qui favorise l’endormissement. D’où le succès en hiver des lampes antidépression qui reproduisent la lumière du soleil d’été.

Le corps et l’esprit se transforment grâce aux messages reçus de notre environnement et nous révèlent enfin notre sixième sens. « La chaleur et les odeurs transmettent à l’organisme, par le système musculaire autant que par les cinq sens, des influx énergisants », précise la kinésiologue Mira Chaar. Devenus plus sensuels sous l’effet du soleil, nous jouissons d’un corps plus beau et d’un esprit aux aguets. Dotés d’une intelligence sensorielle qui nous épanouit, nous resplendissons et devenons plus brillants. « Rien n’existe dans notre intelligence qui n’ait d’abord été abordé dans nos sens », écrivait Lamartine. Un passeport pour voir aussi la vie plus belle, si l’on en croit la science, qui nous enseigne que le monde que nous percevons est une construction faite de nos sensations et de notre raison…

Des odeurs à fleur de peau

L’été, la peau change d’odeur. Chauffée au soleil, mouillée d’embruns, elle exhale les crèmes solaires, la mer, la lumière et, bien sûr, les fruits, les crudités, les épices… Inutile de lui adjoindre une quelconque fragrance (d’ailleurs fortement déconseillée au soleil), de subtiles modifications se produisent naturellement.

Notre corps s’imprègne de son milieu environnant, particulièrement les cheveux : notes ozoniques du grand large, odeurs de coco ou de monoï des huiles bronzantes, sable chauffé à blanc, petits cristaux de sel, gouttelettes de sueur, parfum d’oxygène qui flotte dans l’atmosphère… Le pH cutané devient plus acide et tous les métabolismes s’accélèrent.

Le simple fait de bronzer, et l’hyperactivité cellulaire que cela entraîne, provoque un épaississement de l’épiderme qui retient mieux les odeurs. Détendus, nous lâchons prise, ce qui modifie la chimie intime de notre peau. Si l’on sait que la peur et le stress ont une odeur – celle-là même que les animaux captent si bien –, le bien-être aussi. Ces changements imperceptibles se déroulent à notre insu, mais le résultat est bel et bien là. La chaleur exalte la perception des corps. Le nez est aux aguets, à l’affût de la séduction. Nous ressentons aussi beaucoup plus le besoin de « renifler l’autre ». Durant la saison la plus sensuelle, notre animalité s’exprime. Et cela donne un nouveau goût à notre existence.

Le soir, les parfums s’expriment d’autant mieux qu’ils se mêlent à la chaleur du corps emmagasinée dans la journée. Ils se parent cet été d’une tonalité végétale. Les notes vertes, galbanum en tête (une résine naturelle) sont à l’honneur. Naturalité oblige, on recherche leurs facettes fraîches et les sensations de nature qu’elles procurent. Infiniment désaltérantes, elles sont une véritable invitation à courir pieds nus dans la rosée du matin ou le gazon tout juste tondu… Ariane Le Febvre avec Patty Canac, olfactothérapeute (www.olfarom.com).

Bien à vous. Dans l'amour de soi !

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