Myrrhe, encens, or : le cadeau santé des Rois mages

Anti-inflammatoires, soutiens de l’immunité, élixirs pour la peau et l’âme… Ces trois présents de Noël nous aident à traverser bien des hivers de la vie.

« Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l’adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. » Chaque année, la magie de Noël s’accompagne de cette symbolique forte : l’or souligne la royauté de Jésus, la myrrhe son humanité et l’encens sa part divine. Plus de deux mille ans plus tard, la science a progressé, et ce trio spirituel s’avère être aussi un étonnant cocktail de santé.

La myrrhe pour cicatriser et s’ancrer

Tirée de la résine d’un arbuste africain, la myrrhe était rapportée à prix d’or jusqu’en Égypte, où elle était un ingrédient majeur des embaumements des pharaons. « Très présente dans la Bible, on retrouve trois fois la myrrhe dans la vie de Jésus, note Florence Thinard, auteure de Dans les jardins de la Bible (Plume de carotte). À sa naissance ; puis au Golgotha, lorsqu’on lui propose un vin de myrrhe anesthésiant qu’il refuse avant la crucifixion ; et, enfin, après sa mort, lorsque son corps est entouré de linges imprégnés de myrrhe et d’aloès. » Papyrus égyptiens, Veda indiens, Bible ou Coran : la précieuse résine est présente dans toutes les grandes civilisations, tant pour ses propriétés spirituelles que thérapeutiques. En Grèce, elle était connue des soldats pour cicatriser les plaies et éviter la gangrène. La myrrhe est toujours un remède d’actualité. On l’utilise parfois en poudre, mais on la trouve essentiellement en teinture mère ou en huile essentiel.

Récolter soi-même des plantes aux vertus médicinales pour en faire des alliées santé est tout à fait possible ! Découvrez les recettes incontournables, concoctées avec Claudine Luu, docteure en pharmacie et spécialiste des plantes médicinales dans notre article Ma petite pharmacie maison 

Par voie orale, la teinture mère de myrrhe (contre-indiquée chez les femmes enceintes) aurait une action anti-ulcéreuse et stimulante de l’immunité, et les dernières recherches évoquent des vertus anticancer et un effet antalgique comparable à la morphine. Mais ses vertus sont surtout reconnues en voie externe pour traiter les petites blessures et irritations de la peau, et on la retrouve dans la composition de nombreux soins cicatrisants (pour les escarres notamment). C’est un remède roi pour toutes les plaies et inflammations de la bouche (aphtes, gingivites). En bain de bouche, il suffit de mélanger une cuillerée à café de teinture mère de myrrhe avec neuf cuillerées à café d’eau. 

« Sous forme d’huile essentielle, la myrrhe (Commiphora myrrha) cicatrise aussi bien les bleus de la peau que de l’âme », explique Françoise Couic-Marinier, pharmacienne et aromathérapeute. D’après la spécialiste, l’huile essentielle (HE) de myrrhe est un bon rééquilibrant nerveux en cas de tensions et de manque de volonté (une goutte sur les poignets avec de l’HE de marjolaine à coquilles à respirer), et une grande huile du deuil et des soins palliatifs, apaisant tristesse, déprime et angoisses. On la mélange alors avec des huiles essentielles de pin et on la diffuse dans l’air pour accompagner la fin de vie. « On ne l’utilise pas tous les jours ni à fortes doses, mais ponctuellement », précise Christine Cieur, docteure en pharmacie et phytothérapeute. Elle est très intéressante à respirer car elle ancre dans la matière et nous réajuste entre l’être et le paraître. En période de doute, elle nous aide à prendre une décision et rééquilibre aussi bien le désir sexuel qu’une tendance à l’hyperactivité (elle calme et stimule).

L’encens pour apaiser et créer

Plante mythique, l’encens, ou oliban, (Boswellia serrataouBoswellia carterii) est employé depuis des temps immémoriaux tant pour ses vertus spirituelles que thérapeutiques. Cette résine issue d’un arbuste des régions arides participait aux rites de nombreuses religions et réjouissait, dit-on, le cœur des dieux en faisant monter la prière jusqu’à eux. L’encens était si précieux que, vers 1500 av. J.-C., la reine égyptienne Hatchepsout organisa une expédition dans le pays de Pount (actuelle Somalie) afin d’en rapporter. « Selon Pline l’Ancien, des caravanes de chameaux traversaient pendant deux à trois mois l’Arabie. Chaque animal transportait jusqu’à deux cents kilos d’encens ! » relate Maurice Chastrette, professeur émérite à l’université de Lyon et spécialiste des parfums.

Aujourd’hui, l’encens fait partie des pharmacopées de l’Inde et de la Chine pour traiter de nombreuses maladies inflammatoires chroniques, et des recherches suggèrent des vertus anticancer. En pratique, on l’utilise en gélules ou en huile essentielle (contre-indiquée chez les femmes enceintes, les enfants et en cas de prise d’anti-inflammatoires). En gélules, son efficacité est bien étayée pour l’arthrite, mais aussi pour les maladies inflammatoires de l’intestin. « Une étude a montré que trois cents milligrammes d’encens trois fois par jour pourraient diminuer des symptômes de la maladie de Crohn de 70 à 85 % », cite Christine Cieur. On conseille aussi l’HE d’encens lors d’affections respiratoires ou de la peau (eczéma, acné, mycoses…). « En friction, diluée dans une huile végétale, seule ou avec de l’HE de ravintsara, l’HE d’encens est intéressante lors de grippes ou de crises d’asthme pour dégager les bronches », affirme Françoise Couic-Marinier.

« Des études ont montré son intérêt contre les TOC, car elle rééquilibre les aires cérébrales », poursuit la pharmacienne, qui conseille d’en déposer une goutte sur chaque poignet. Des scientifiques ont aussi démontré sa capacité à moduler l’anxiété et la dépression1. En diffusion, elle est un excellent rééquilibrant nerveux. « L’HE d’encens permettra aux gens trop terriens de mieux goûter la magie de Noël en les libérant de l’activité du mental [encadré ci-dessous]. En revanche, elle est contre-indiquée dans toutes les psychoses », tempère Françoise Couic-Marinier.

1. Federation of American Societies for Experimental Biology, 2008.

L’or pour se régénérer et se protéger

L’or symbolise depuis l’Antiquité pureté et majesté. Les Égyptiens l’associaient à Rê, le dieu solaire, et on le retrouve comme symbole de la lumière céleste chez les chrétiens orthodoxes. Si on lui a toujours supposé des vertus pour la santé, de récentes recherches suggèrent que l’or pourrait jouer un rôle préventif et curatif dans le cancer, voire participer au traitement de la maladie d’Alzheimer. 

Tout cela est encore prospectif mais, déjà, l’or, en oligoéléments ou en homéopathie, fait partie de notre pharmacopée. « Sous forme d’oligo éléments, il stimule l’activité des cellules et permet de lutter contre germes et bactéries, souligne Christine Cieur. C’est un bon anti-inflammatoire, souvent conseillé pour les problèmes articulaires et les infections chroniques. » Comme le cuivre et l’argent, avec qui il est souvent associé, c’est un puissant anti-infectieux, régénérant et polyvalent. En pratique, des cures de quelques semaines de cuivre-or-argent sont conseillées après une opération (cicatrisation plus rapide), lors d’infections à répétition (ORL, génitales…), de rhumatismes chroniques, de dégénérescence des tissus, de vieillissement général ou de baisse de vitalité physique et psychique.

« Moins connu du grand public, Aurum metallicum est également un grand remède homéopathique de la sphère psychique », observe Claudine Luu, pharmacienne depuis cinquante ans. Il est donné sur prescription par un médecin homéopathe dans certains cas de dépression, d’addiction ou de pensées suicidaires. « La personne a alors souvent un tempérament excessif. Sujette à l’hypertension, elle est attirée par l’alcool, elle est sensible à la douleur et au bruit et peut alterner des phases d’excitation et de dépression, le tout sur un fond de manque de confiance en soi et de dégoût de la vie pouvant conduire à des pensées suicidaires », détaille la pharmacienne. Aurum metallicum permettrait alors de sortir du tunnel pour aller vers la lumière…

Recettes de soins

Pour savourer Noël 

1 goutte d’huile essentielle (HE) d’encens, 1 goutte d’HE de myrrhe, 2 gouttes d’HE de marjolaine à coquilles. Dans un diffuseur à eau, ce mélange euphorisant un peu mystique sera parfait pour oublier les soucis et profiter de la magie de Noël.

Recette de Françoise Couic-Marinier.

Pour faire cicatriser la peau  

15 gouttes d’HE de myrrhe, 15 gouttes d’HE d’encens, 15 gouttes d’HE de lavande officinale. Mélanger dans 15 ml d’huile végétale de jojoba, de germe de blé ou de rose musquée et appliquer sur les cicatrices ou l’eczéma.  

Recette de Christine Cieur. 

Bien à vous. Dans la magie de Noël !

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